Vos questions sur l’art

Salut à toute la joyeuse compagnie (c’est vous la joyeuse compagnie). J’espère que vous allez bien et qu’on commence à voir le bout de cette période assez interminable de confinement.

Il y a quelques jours, j’ai pensé au nouveau format que seront les futurs articles Vos questions sur l’art. Pour ceux qui ont loupé le coche, je vous ai demandé sur instagram si vous aviez une question sur l’art à laquelle vous aimeriez me voir répondre, sous la forme d’une sorte d’interview qui n’en est pas une.

C’est pourtant clair.

Quel plaisir immense j’ai pris à sélectionner 5 de vos questions pour écrire ce premier article. Encore merci pour votre engagement, ça m’a foutu une émotion je vous jure. J’espère sincèrement que mon blabla va vous plaire. Je préfère rappeler rapidos que je ne suis absolument pas une spécialiste de l’art donc je parle grosso modo avec mon cœur, d’après mon vécu, mes recherches et mon kiffe personnel. Mais bon, ça paraît assez évident.

Allez, on enchaîne.

***

Qu’est-ce que l’art ?

Si cela ne vous dérange pas, commençons par le commencement. J’étais assez ravie de voir qu’on me posait cette question parce qu’elle est primordiale, vous ne croyez-pas ?

Alors pour combler le vide sidéral qu’elle provoque en vous, cette question, et telle une bonne élève rigoureuse née dans les années 90, je m’arme de mon Larousse de Poche édition 2002 et je cherche. Vous êtes des petits veinards parce qu’il n’y a pas une, ni deux, mais quatre définitions proposées. Découvrons-les ensemble :

Art nm :

  1. Expression d’un idéal de beauté correspondant à un type de civilisation déterminée (l’œuvre d’art).
  2. Ensemble des œuvres artistiques d’un pays, d’une époque.
  3. Ensemble des règles et des techniques intéressant un métier, une profession, une activité humaine.
  4. Talent, habileté.

En gros, l’art, c’est vaste.

Est-ce qu’il sera pour vous l’idéal, le catalogue, le mode d’emploi ou la capacité ? Le plus beau dans tout cela, c’est que vous n’êtes même pas obligé de choisir ! C’est merveilleux, c’est la liberté, c’est subjectif et universel à la fois.

Qu’est-ce qui fait un bon artiste ?

On reste dans la partie définitions parce que je pense que c’est toujours un excellent moyen de s’éclaircir les idées que de mettre des mots sur les choses.

Si je me munis à nouveau de mon fidèle Larousse, et que je me rends à la page 50, où figure le mot « artiste », je lis : « Personne qui pratique un des beaux-arts. Interprète d’une œuvre théâtrale, cinématographique, musicale etc. Qui a le sentiment, le goût de ce qui est beau. »

Si l’on sait maintenant ce qu’est un artiste, ce qui fait un bon artiste me semble assez ‘clair’. Tout d’abord, je désamorce le fait que ce que l’on juge bon est forcément subjectif, donc ce qui fait un bon artiste variera fatalement d’une personne à l’autre. Ensuite, si VRAIMENT vous avez envie d’une autre réponse que « c’est tout le monde qui décide et personne à la fois », j’ajouterai que c’est ce qui illustre une des quatre définitions de l’art que l’on vient juste d’aborder. Ça peut vous paraître dément mais un bon artiste peut simplement se cantonner à être une personne qui fait de l’art (ça vous en bouche un coin hein).

Je m’explique.

Un bon artiste sera celui qui « remplira son rôle d’artiste » donc qui participera à la construction de l’idéal de beauté de sa civilisation et/ou qui contribuera à l’ensemble des œuvres artistiques des œuvres d’un pays ou d’une époque et/ou qui pourra maîtriser les techniques de son métier et/ou qui fera preuve d’un talent, d’une habileté particulière dans l’exercice de son art.

On pourra toujours ajouter aux facteurs que je viens d’évoquer des facteurs externes comme la reconnaissance par exemple (par le public, les pairs, les acheteurs, les institutions etc.), qu’elle soit positive ou négative – rappelons au passage que Van Gogh, personne n’en avait rien à carrer de son vivant.

Ce que j’aime beaucoup dans tout ce blabla, c’est que l’ajout d’éléments abstraits comme le talent ou l’appréciation de ce qui est beau viennent tout foutre en l’air dans notre belle logique et nous plonger dans des « oui mais et si » interminables. Tout devient monstrueusement insaisissable. C’est grisant.

Comment commencer à s’intéresser à l’art ?

Je pense que pour commencer à aborder un sujet aussi vaste que celui de l’art, il faut savoir se montrer assez exigeant. Quand quelqu’un vient me voir et me dit « eh, je crois que je n’aime pas lire, je n’arrive jamais à terminer un seul bouquin, tu veux pas m’aider ? » ma première réaction va être de poser quelques questions à la personne. Quelles séries aime-t-elle regarder ? Quels films ? Est-ce qu’elle a envie de rire ? De flipper ? Est-ce que ça la rassurerait de commencer par un petit ouvrage très rapide à lire pour ne pas s’engager dans un pavé qu’elle n’aura jamais la force d’ouvrir ?

Avec l’art, c’est un peu pareil. Posez-vous des questions similaires. Quels sont vos autres centres d’intérêts ? Est-ce que certains artistes en parlent ? Qu’est-ce que vous aimez lire ? Je parie que dans la plupart de vos films préférés, il y a des références artistiques ! Enfin, quel est votre état d’esprit ?

Par exemple, en ce moment, avec le confinement, on parle énormément des toiles d’Edward Hopper, parce qu’elles nous parlent directement en représentant des scènes de la vie courante avec des paysages vides, des jeux entre l’intérieur et l’extérieur, de la solitude, du silence. Je suis sûre que beaucoup de personnes ont découvert l’artiste grâce à cette association ! Après, qu’on aime ou non, au moins on a commencé quelque part.

Edward Hopper – Woman in the sun (1961)

Comme vous pouvez le constater, l’ambiance est pas vraiment à se rouler par terre ou à danser jusqu’au bout de la nuit. Mais c’est pas plus mal, et puis c’est sacrément beau.

Ce que j’essaye de vous dire, c’est que le plus dur, c’est de mettre le pied dedans. Dans tous les cas, je pense qu’il est important de ne pas se poser à son bureau et se dire « allez, on va étudier tous les courants artistiques majeurs du XXe siècle » parce que vous savez très bien que ça va vous motiver deux jours et qu’ensuite ça terminera au placard, à côté de votre abonnement à la salle.

J’ai l’impression que le milieu de l’art reste très fermé, qu’est-ce que tu en penses ?

Je suis complètement d’accord. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles j’ai décidé de créer ce blog : je voulais encourager ceux qui ne connaissait pas très bien l’art ou qui le voyaient comme un monde gigantesque et inaccessible à s’y intéresser. J’en parle notamment dans l’épisode du podcast UpUpUp, où j’ai été invitée pour en discuter. A l’origine, je ne me sentais pas légitime d’écrire sur l’art, principalement parce qu’il est représenté par une élite (intellectuelle) très forte et très ancrée dans notre culture. Et puis j’ai vu qu’on commençait à le vulgariser, à jouer avec cet art, à le décomplexer et ça m’a donné la force de me dire que moi aussi comme n’importe qui d’autre, je pouvais aller le travailler au corps et lui donner un visage plus amical, moins prétentieux.

Je pense que ce qui fait la beauté de l’art, c’est son universalité, son absence de visage. Cet enfermement est également dû au fait que c’est un produit mercantile qui génère énormément d’argent. L’art est devenu un luxe, ce qui explique en grande partie son statut. Son armure dorée est intimidante, donc la demande reste toujours la même. Après, si vous me demandez comment lutter contre cela, je vous dirais « démocratisez-le, faites de l’art un ami de votre quotidien, invitez-le dans vos inspirations, renseignez-vous sur lui, aimez-le et partagez vos découvertes, vos réflexions, pour que tout le monde puisse le trouver accessible à nouveau ».

À quoi tu penses quand tu regardes une oeuvre d’art que tu aimes ?

J’ai adoré cette question quand je l’ai lue. Pas que parce qu’elle me demande mon avis mais parce que je la trouve à la fois intime et pertinente.

Je vais d’abord répondre à une première partie de la question, parce que je fais ce que je veux après tout. Ce que je pense quand je regarde une œuvre d’art dépendra d’énormément de facteurs : l’environnement dans lequel je me trouve, la personne qui m’accompagne (ou non), mon humeur, mon inspiration, la météo, mon envie d’en tirer une quelconque leçon. Alors oui, je n’invente pas l’eau chaude en vous racontant tout cela mais je pense tout de même que c’est important.

C’est important parce qu’en général, quel que soit l’agencement de ces nombreux facteurs, ce que je pense quand je regarde une œuvre d’art que j’aime sera différent parce que cela m’envahira complètement. Je ne contrôle pas une œuvre que j’aime profondément. Je sais rarement que je vais l’aimer avant de l’avoir vue. Mais quand je la vois, ça me prend toute entière et ça me fiche des papillons dans le ventre. Je suis comblée l’espace de quelques instants de pure contemplation. Ainsi, dans ces moments-là, simplement, je ne pense à rien.

***

Pfiou, ça en fait des infos. Moi j’ai pris un plaisir de dingue à vous répondre. Il reste encore beaucoup de questions auxquelles répondre, et sachez que je les garde toutes précieusement dans une petite note magique. Merci pour tous vos retours, votre love quotidien. C’est géant.

Et on vient de dépasser les 600 gens sur insta, c’est encore plus géant !!

Bises bises et à très bientôt pour un prochain article !

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