Artvent #11 La toile d’Edvard Munch : Clair de lune

Bonjour ! On se retrouve aujourd’hui pour un nouvel épisode de la Toile et pour la seconde fois, avec ma guest préférée : Anna, du blog Art Vulgaris. Lorsque j’ai conçu ce calendrier de l’Artvent, je ne m’imaginais pas ne pas la faire participer, et en particulier autour d’un artiste que nous affectionnons toutes les deux, dont nous allons parler dans cet article : Edvard Munch. 

Munch, vous le connaissez parce qu’il à fait ça :

Le Cri, 1893

Mais ce n’est pas du Cri dont nous allons parler. J’ai tenu à présenter une des ses œuvres les plus méconnues aujourd’hui, car personnellement le Edvard, je l’adore. Vous allez le comprendre vite, c’était pas forcément le joyeux luron de la bande, mais quelle force dans son travail. Mention spéciale à l’ensemble de ses productions de lithographies, que j’ai eu la chance de découvrir cette année à Londres, dans le cadre d’une exposition qui lui était dédiée (événement très rare, au passage). Ses tableaux me bouleversent, tout simplement. Mais on est pas là pour tenir mon journal intime, alors découvrons sans plus tarder La Toile du jour : Clair de lune.

L’Oeuvre : Clair de Lune – Edvard Munch

Clair de lune (1895) est une huile sur toile d’Edvard Munch aux dimensions de 93x110cm, exposée à la Galerie Nationale d’Oslo. 

Dans cette toile, on retrouve beaucoup d’éléments qui s’associent aux thèmes clés de Munch. Tout d’abord, il faut savoir qu’Eddy est un artiste majeur du mouvement expressionniste. 

Anna, belle gosse, tu peux vite fait nous rappeler ce que c’est que l’expressionnisme ?

Mais avec plaisir ! 

L’expressionnisme est un courant artistique du début du XXème siècle, qui a œuvré en Europe, mais surtout en Allemagne jusqu’au moment où les nazis ont considéré ce mouvement comme ‘dégénéré‘. Chacun fait ce qu’il peut. 

Le but de l’expressionnisme est de montrer la réalité ainsi que les émotions que celle-ci déclenche. C’est donc souvent assez angoissant, car, chers lecteurs, même si Pepper nous enchante avec son calendrier, sachez-que, de manière générale, la réalité, c’est pas joli joli.

Ce courant est une réaction à l’impressionnisme, un mouvement pendant lequel on comptait les papillons dans le jardin, en mangeant des fraises et en lisant des poèmes avec un brin de muguet dans la bouche (genre Monet, par exemple). L’expressionnisme, c’est dur, c’est trash, et ça ne va pas fort, car la société, la vie, la mort, c’est pas gentil. Et y’a pas de muguet qui tienne. Munch fait donc partie de ce courant, il exprime ce qu’il ressent au travers de la peinture, et notamment ses émotions, et notamment ses angoisses, et notamment ses anxiétés. Bref. 

Ok, donc c’est stylé.

Donc si on se re concentre sur les thèmes majeurs, Munch va s’inspirer du théâtre dans la construction de ses toiles. Sur Clair de Lune, c’est assez visible car les arbres sur les côtés marquent une délimitation entre le centre de la “scène”, le clair de lune, et le reste, qui fait partie du décor et est vide d’intérêt, comme des coulisses. Pas très important de le rappeler mais Munch est norvégien, donc il peint souvent des paysages norvégiens, et donc Clair de Lune en est un.

Une autre habitude de Munch est la récurrence des motifs. Dans Clair de lune, on peut difficilement passer à côté de la forme phallique du reflet de la lune sur l’eau, forme qui va apparaître dans plusieurs de ses productions :

La danse de la vie, 1900
The voice, summer night, 1896
Deux femmes sur le rivage, 1898

On sait pas trop pourquoi, mais c’est son dada.

Perso, j’avais pas remarqué. Mais maintenant que tu le dis…

Enfin, d’un point de vue technique, Eddy reste fidèle à lui-même en utilisant des contrastes forts, une absence presque totale de perspective (tout a l’air d’être au même plan), des lignes nerveuses, des couleurs sombres, chaudes et intenses, assez peu naturelles pour apporter une tonalité dramatique à l’ensemble du tableau.

Et parce qu’à un moment il faut bien que j’arrête de ramener ma science, je laisse le micro à Anna, qui va vous parler un peu plus d’Edvard et de pourquoi il était pas toujours en forme tout en arrivant à devenir un artiste majeur de l’Histoire de l’art.

Edvard Munch, c’est qui ?

Alors Munch, c’est un norvégien, né en 1863 et décédé en 1944. Il fait partie des courants symboliste et expressionniste, comme on l’a vu tout à l’heure. Comme à l’accoutumée, le père de Munch est un militaire plutôt froid, et sa mère décède lorsqu’il a 5 ans. La sœur de sa mère se fout avec son père (sans commentaire), et a la riche idée de lui filer des crayons pour qu’il s’occupe.

On se rappelle de la formule magique inventée par moi-même : pour créer un artiste, vous mettez une santé claquée directement au sol + des parents décédés ou maltraitants + de l’ennui et de la tristesse + une boîte de crayon qui traîne et PAF vous avez un super artiste. 

OU juste quelqu’un de malheureux et de pas connu, mais là du coup, on n’en parlera pas. 

Bref, Munch finit par intégrer l’Ecole Royale du Design à 22 ans. Il est talentueux. Comme l’a dit Pepper précédemment, il peint beaucoup de paysages norvégiens, au bord de l’eau, au calme, avec une lumière tamisée et des larmes qui coulent sur les joues. Outre ces paysages, Munch est connu pour ses toiles à l’atmosphère pesante et angoissante, comme son fameux Cri, réalisé en 5 exemplaires différents.

La mort est aussi un sujet prédominant, sûrement à cause du fait que sa mère et sa sœur sont toutes deux décédées allègrement de la tuberculose, et aussi potentiellement parce qu’avec sa santé fragile, il doit penser souvent à crever. Il fait aussi beaucoup de portraits, car ça rapporte de la thune. 

A part ça, il se drogue, picole beaucoup trop et oublie de dormir. Il a des hallucinations et se fait interner, tout en continuant de peindre et de connaître un immmmmense succès de son vivant. En 1944, alors que les nazis retirent ses tableaux des musées allemands car “gniagniagnia c’est de l’art dégénéré et je suis nazi et gniagniagnia”, il décède d’une pneumonie.

Je vous avais prévenu que c’était pas jojo.

Ce qu’on aime dans cette toile

L’avis de Pepper

Déjà moi, Munch, c’est un peu mon chouchou depuis l’exposition que j’ai vu sur lui à Londres, cette année au British Museum. C’était un succès, sans hésiter. Alors certes il était dépressif et sa vie était à chier, mais ses tableaux sont profonds, ils sont remplis de poésie, de questions mais aussi d’empathie. Il réussit à créer un univers qui lui est propre (que j’associe très souvent avec celui de Tim Burton), très contrasté et sombre, mais avec toujours cette pointe de lumière qui émerge et donne vie à ses œuvres. J’ai également un coup de cœur à l’égard de tous ses tableaux qui mettent en scène des femmes, car il arrive toujours à leur accorder une délicatesse particulière, une grâce, tragique et parfois morbide certes, mais une grâce.

Enfin, il n’est pas un des maîtres de l’expressionnisme pour rien, et on peut bien le voir dans Clair de Lune, parce qu’il exprime son monde avec force et fait ressortir en nous des sentiments qui nous parlent (pas les meilleurs je vous l’accorde, mais bon ça n’empêche pas qu’on doive vivre avec). Grande amoureuse de la peinture que je suis, je vous recommande chaudement de ne pas vous laisser refroidir par la noirceur que  ses œuvres peuvent vous renvoyer à première vue, et de vous pencher davantage sur cet artiste si peu mis en avant (ok tout le monde connaît Le Cri, mais beaucoup s’arrêtent là et c’est dommage. Merde à la fin). Et surtout, si vous en avez l’occasion, allez voir son travail “en vrai”, car c’est là qu’il dégage tout son intérêt.

L’avis d’Anna

Je suis tout à fait d’accord avec Pepper, en même temps, ce qu’elle dit est vrai donc c’est pas bien compliqué.

Pour moi, ce tableau représente un combo de Munch : du paysage de bord de mer norvégien + de la mélancolie + des contrastes dans les couleurs + un moment entre chien et loup comme qui dirait, entre jour et nuit + de l’expressionnisme à fond. 

A part ces considérations techniques, et quand bien même on ne connaîtrait pas le bonhomme, ce tableau est assez intriguant, touchant ET surtout universel, car on a tous déjà vu ce genre de couleurs et d’éclairage dans la vraie vie. Et ça, c’est beau.

Clair de lune nous a aussi fait penser à…

En peinture : La nuit étoilée de Van Gogh, qui peut susciter les mêmes émotions, peinte 6 ans auparavant, en 1889.

En musique : le célèbre Clair de lune de Debussy, qui fait partie de la Suite Bergamasque, (1890-1905) donc clairement la même période et qui fait clairement écho à mon sens dans les émotions que les deux œuvres transmettent.

Résultat de recherche d'images pour "claude debussy"
La tête de Claude

***

Et voilà les cocos, c’est fini pour aujourd’hui ! Si tu as aimé apprendre en t’amusant, c’est le principal. N’hésite pas à rejoindre Anna sur Artvulgaris.com et @artvulgaris sur Instagram, à t’abonner au blog et à me rejoindre sur Instagram @pepperdwyer.

A demain pour un nouvel article !

Pepper.

2 commentaires

  1. charlotte

    Encore un bon moment de détente avec un binôme de choc. J’adore le contraste des écritures, tant lâchées que poétiques pour vous deux. En plus j’ai appris à aimer Edvard ! Munch alors!

    Aimé par 1 personne

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.