Et toujours pas de neige (2016)

ET TOUJOURS PAS DE NEIGE

Le mois de décembre touchait à sa fin. Et à défaut de neige, le givre s’imposait depuis déjà plusieurs jours sous la forme d’un gros nuage braillard et cinglant, inséré dans chaque interstice, comme avec la volonté d’arrêter le Temps.

Le Temps, suspendu, dans l’attente de quelque chose, ou de quelqu’un. Les sourcils froncés et l’air songeur, il ne semblait pas satisfait de cette mauvaise année qu’avait été 2016. On ne pouvait pas lui en vouloir, il est si impuissant face à lui-même.

2016 donc, des attentats en plein Paris un vendredi soir ou j’étais seule chez moi. Donald Trump, Alep, quel merdier. La mort partout, chez eux, chez moi, chez vous.

C’est dire ce voile de pessimisme qui flotte au-dessus de moi, ondule sournoisement, prêt à frapper. Un peu comme un courant d’air aux provenances douteuses.

Et toujours pas de neige.

L’anticipation aurait-elle pris le dessus sur le goût de se laisser vivre ?

Le gens n’envisagent plus l’avenir en souriant, comme si de nos jours les miracles incertains étaient en fait considérés comme des chimères du Temps autrefois jeune et naïf.

Les questions restent vides de réponses.

Le doute transpire de fines et délicates perles de givre se fondant dans un air glacial, refusant de fouler de nouveau cette terre salie par l’exploitation, le mensonge, la désillusion.

Cette terre nôtre n’est plus assez bien pour ce flocon solitaire resté en suspens, qui fige le temps de sa seule volonté entêtée. Mais quand viendra la neige, d’autres se joindront à lui, et la vision idyllique et si reposante de ce blanc immaculé me mettra en émoi.

Mais peu à peu,  la masse sombre se forme, m’étrangle, j’étouffe. Son élégance condensée ne cache en fait que les relents de notre humanité déshéritée.

Le paysage n’est donc plus assez clément pour nous donner l’occasion de le voir ?

Le choix de l’hibernation ne serait-il pas la solution à ce qui saute à nos yeux aujourd’hui ? Deviendrait-elle vitale si je m’y risquais ? Je tremble.

Oui. L’hibernation en effet serait la solution à tous mes problèmes de clairvoyance. Il me suffit de fermer les yeux.

Mais comme toujours cette solution, la plus facile, n’apparaît pas comme étant la bonne, n’est-ce pas ? Alors, agir ? Se contenter de témoigner de ce que l’on observe, comme l’homme préhistorique peignant sur les murs de sa grotte, froide et sèche, afin d’éduquer ses semblable ? D’ailleurs cet homme, était-il artiste ? Journaliste ? Historien ?

Et, moi, qui suis-je sous cette épaisse couche de neige qui ne tombe pas ?

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